Philosophie

« La philosophie est l’amour de la sagesse. »

VOUS AVEZ DIT SAGESSE ?

La sagesse est en fait une chose peu banale.
En observant la marche du monde, nous pouvons même dire quelle est très rare.
Ce qui prévaut c’est plutôt exactement son contraire :

LA BANALITÉ DU MAL

Quand Hannah Arendt aborde LA BANALITÉ DU MAL,
l’utilité de la philosophie est une évidence et une mise en garde,
qui prend tout son sens aujourd'hui.

Car penser c’est être libre et ne pas penser est un chemin vers la mort :

Autrefois, le tyran rendais impossible la parole dans l’espace public.
Mais il laissait les hommes libre dans l’espace privé.
Puis le totalitarisme a attaqué la vie privée elle-même.
Aujourd'hui dans notre société numérique, la vie privée n'existe plus.
Par manque de sagesse, nous avons ouvert la porte à quelque chose de pire encore.
Qu'il reste à penser, avant que l'intelligence artificielle ne le fasse à notre place.

 

LA BANALITÉ DU MAL

Un individu banal peut devenir un meurtrier en série, comme par exemple Adolf Eichmann. Lors du procès de Nuremberg où il était jugé comme criminel de guerre, Hannah Arendt le souligne : c’est un homme « insignifiant ».
Et il peut en être de même pour chacun d’entre nous, quand dans notre quotidien à chaque fois que nous abandonnons notre « pouvoir de penser », qui consiste à distinguer le bien du mal.
Ce concept de « banalité du mal » pose des questions essentielles sur la nature humaine :

L'INHUMAIN EST EN CHACUN DE NOUS

Dans un régime totalitaire, ceux qui choisissent d'accomplir des  monstruosités ne sont pas si différents de ceux qui pensent en être incapables. Continuer à penser, s'interroger sur soi, sur ses actes, sur la norme est la condition pour ne pas sombrer. Dans un régime totalitaire, bien sûr, cela est rendu plus difficile par l'idéologie, la propagande et la répression.

L’anthropologue américaine Mary Douglas, va jusqu’à dire que les institutions dans lesquelles nous vivons pensent d’ailleurs à notre place, à notre insu si nous n’y prenons garde. L’individu en société n’est alors généralement pas conscient du style de pensée qui domine et organise son système de références :

Comme la montée des populismes dans le monde.
Qui peut déboucher sur la venue de régimes totalitaires, y compris en France.

 Lire l’article complet :

http://www.centre-medem.org/IMG/pdf_Hannah_Arendt_ou_la_banalite_du_mal.pdf

L'EXPÉRIENCE DE MILGRAM

Michel Terestchenko : Une expérience de psychologie sociale menée à l’université de Yale, aux États-Unis, au début des années 1960. Au cours d’une fausse expérience sur la mémorisation, les participants volontaires de l’expérience, des Américains ordinaires, ont cru administrer des décharges électriques d’intensité croissante et potentiellement mortelles à un autre cobaye – en réalité un acteur. Plus de 60 % n’ont pas osé refuser et ont cru causer la mort d’une personne au nom de la science.

 Quel rapport existe-t-il entre l’analyse d’Arendt sur le procès Eichmann et l’expérience de Milgram ?

Tout d’abord, le procès et l’expérience ont eu lieu en même temps. L’expérience de Milgram a débuté en septembre 1961 et s’est achevée fin avril 1962. Elle a été réalisée pendant le procès d’Eichmann. Rappelons que ce dernier a été exécuté, dans la nuit du 31 avril au 1er mai 1962. Stanley Milgram, dans Soumission à l’autorité, cite Hannah Arendt et met son expérience en rapport avec ses idées. Rappelons que Milgram était lui-même d’origine juive. Sa famille avait fui avant le régime nazi pour se réfugier aux États-Unis. L’intention de Milgram était de comprendre les mécanismes d’obéissance des nazis. La référence à l’Holocauste est explicite. Or les travaux académiques des historiens et des psychologues font rarement le lien.

 

Qu’apporte Milgram à l’hypothèse d’Arendt ?

Une confirmation expérimentale. Il montre que sans la participation de sujets obéissants, l’Holocauste n’aurait pas pu avoir lieu. Si l’on met entre parenthèses le ca particulier d’Eichmann, Milgram prouve que des individus qui ne sont pas animés de pulsions sadiques sont, dans certaines circonstances, soumis à une autorité qu’ils jugent légitime, conduits à obéir à des ordres qu’ils n’auraient jamais accomplis par ailleurs. Il n’est nullement besoin d’être malveillant pour être malfaisant. Les facteurs liés aux situations sont plus essentiels que les dispositions proprement psychologiques. Il y a également une perversion du sentiment moral de devoir et de loyauté : « si tu te révoltes, tu es un traître », se dit la personne qui obéit. Dans ces conditions, nous ne sommes ni bons ni mauvais, mais terriblement vulnérables, beaucoup plus que nous ne le croyons nous-mêmes.

 «Il faudrait instaurer un droit à la dissidence»

Michel Terestchenko

Sommes-nous, aujourd’hui, dans une situation similaire quant à l’obéissance, dans d’autres contextes ?

Les situations ne sont évidemment pas les mêmes. Mais l’expérience de Milgram a fait l‘objet de réplications dans plusieurs pays, dans toutes sortes de cultures, avec presque toujours le même résultat. Cela se passe exactement de cette manière en entreprise. Nous vivons dans des sociétés de liberté et de pluralité, mais faire de la rationalité économique une forme de nécessité aveugle me semble dangereux. C’est au fond le même phénomène qu’Arendt a décrit en ce qui concerne les domaines de l’histoire et de la politique. Il s’agit de transformer le champ de la pluralité humaine en mécanisme implacable se mouvant dans une seule direction. On ne peut pas dire que nos sociétés soient totalitaires, mais la présence d’un discours qui réinvestit la notion de nécessité, repensée en termes économiques, est quelque chose de profondément inquiétant.

 Que faire ?

Exercer une vigilance permanente à l’endroit des institutions et des structures hiérarchiques qui peuvent demander aux individus de se comporter à l’encontre de leurs principes et leur conscience. Il y a un devoir de vigilance des citoyens à l’égard des institutions et des individus à l’égard des organisations au sein desquels ils évoluent. Il faudrait mettre en place des lieux publics de réflexion critique et des institutions de limitation de l’obéissance. Une sorte de droit à la dissidence, afin que les individus ne soient pas seuls à se dresser contre l’institution.

Source :

https://www.philomag.com/les-idees/dossiers/michel-terestchenko-faire-de-la-rationalite-economique-une-forme-de-necessite

LES ORIGINES DU TOTALITARISME

Arendt ne se contente pas de diagnostiquer le mal. Elle s'interroge sur les moyens de se préserver contre la tentation totalitaire. Il faut pour cela réhabiliter l'action politique.
Selon Hannah Arendt, notre tradition de pensée politique naît avec Platon et se clôt avec Marx. Elle naît donc dans l'hostilité à l'égard du monde de la polis, du régime athénien. Il faut revenir à la Grèce pré-platonicienne, celle d'Homère, d'Hérodote, de Thucydide et de Socrate, avant que l'homme d'action et l'homme de pensée ne divorcent. Arendt veut réévaluer l'action et le domaine public. La condition de l'homme moderne entreprend de penser ce que nous faisons c'est-à-dire de retrouver les capacités de la " vie active " opposée à la " vie contemplative ".

 Il s'agit de penser " l'essence du totalitarisme ". Le totalitarisme est un phénomène historique sans précédent qu'on ne peut penser avec les anciennes catégories que sont la tyrannie, analysée par Platon, le despotisme, analysé par Montesquieu ou la dictature. Il ne s'agit pas d'un degré supérieur de despotisme mais d'un régime original qui ne se laisse pas réduire aux abolitions classiques de la liberté politique.

Néanmoins, contrairement à ce que dit Montesquieu du despotisme, le totalitarisme n'est pas sans loi. Il prétend appliquer les lois de la nature ou de l'histoire à l'espèce humaine. Il prétend remonter à la source de la légitimité et aussi abolir le hiatus entre légitimité et légalité. La loi change de sens. Elle n'est plus considérée comme le cadre stabilisateur des actions humaines mais elle est loi d'un mouvement illimité, sans fin.
Le totalitarisme est négation du politique. Il décrit en négatif ce que doit être la politique véritable. L'espace politique véritable suppose :

  • Des lois
  • La possibilité pour les hommes d'agir c'est-à-dire de se rapporter aux autres par des actes ou des paroles.
  • La parole échangée, discutée, débattue qui permet d'unifier la pluralité humaine. De ce point de vue, la cité grecque antique ou certains mouvements révolutionnaires du monde moderne constituent des lieux lumineux. Arendt oppose le système des conseils au système des Partis. Les Partis constituent un dessaisissement de la citoyenneté. La vérité politique est l'agir dans de petits groupes.

Le tyran rend impossible la parole dans l'espace public mais il laisse les hommes dans l'espace privé. Le totalitarisme attaque la vie privée elle-même. Alors naît la désolation qui n'est pas la solitude (où on peut se parler à soi, où le rapport aux semblables n'est pas perdu) mais une expérience absolue de non-appartenance au monde. L'individu n'est pas seulement isolé mais il n'a plus de consistance interne, perd son moi. La désolation est l'expérience d'être indifférent aux autres, expérience devenue massive dans le système totalitaire.
En dictature, on tue les opposants et la mort garde un sens. Dans le totalitarisme, la mort peut frapper tout le monde. Sous le nazisme, les juifs furent une catégorie qui s'élargit aux peuples de l'Est, puis aux Allemands malades. La mort n'est ni noble, ni héroïque. Les individus sont rendus anonymes et on essaie d'effacer les traces de leur existence.

Lire le texte complet : http://sos.philosophie.free.fr/arendt.php#section5

Merci à Colette Kouadio

Consulter son site sos.philosophie.free.fr : l'index philosophique

Émissions France Culture, sur LA PHILOSOPHIE

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